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22 NOV 2004 : Paroles de journaliste : Olivier Peguy , correspondant RFI-RFO à Madagascar

"J'ai mis les pressions de l'époque sur le compte des tensions extrêmes qu'il y avait"

Sobika donne la parole à ceux qui la donnent ! Dans le cadre d'une série d'interviews, nous avons interviewé des journalistes de et à Madagascar. Pour ce premier entretien, Olivier Peguy le correspondant sur Madagascar pour RFI et RFO nous répond et revient notamment sur la période de la crise 2002 durant laquelle, il avait été considéré à tort comme étant la voix de la France. Mais si aujourd'hui, on parle de plus en plus de Madagascar sur les ondes de RFI, c'est à lui qu'on le doit. Rencontre avec ce journaliste tombé amoureux de la grande île.

Bonjour Olivier et merci de nous recevoir ! Peux tu te présenter brièvement pour nos internautes ?

Bonjour aux lecteurs de Sobika ! Je suis Olivier Péguy, le correspondant local pour RFI RFO à Madagascar.

Avant de venir à Madagascar, quel était ton parcours professionnel ?

J'ai auparavant été journaliste à LCI ( Ndlr : La Chaine Info de TF1, l'équivalent de CNN à la française ) ainsi qu' à RFI. Je présentais notamment les journaux de la radio . Je suis diplomé de l'école de journalisme de Lille

Comment es tu arrivé à Madagascar ? Etait ce un choix délibéré ou une opportunité qui s'est présentée ?

Ce n'est pas ma première expèrience en tant qu'expatrié car j'ai déjà été au quatar pendant 1 an et demi. Mais ma venue à Madagascar était une opportunité car je connaissais l'ancienne correspondante, Anne Isabelle qui devait quitter Madagascar. Elle m'a proposé de prendre sa place et j'ai tout laissé à Paris pour venir ici.

Revenons sur l'épisode de la crise 2002. Tes articles ont été trés critiqués par l'opinion malgache en général . On te reprochait notamment d'être la voix de la France. Aujourd'hui , quel regard poses tu sur cette période ?

Les journalistes sont de plus en plus des cibles et nous sommes l'objet de pression. A cette époque, les deux camps me reprochaient quelque chose. Pour les uns, j'en faisais trop et pour les autres j'en faisais pas assez ! En tant que journaliste indépendant, je n'avais pas à choisir de camps, c'est le b.a.ba du journalisme. Malgré ces pressions constantes, j'assume tout ce que j'ai écrit et RFI m'a accordé sa confiance. Ainsi lorsque le 22 février 2002 , nous avions parlé d "auto proclamation" et le 6 Mai 2002 "d'investiture légale", j'assume. Ce n'était pas une position politique ou une critique. Aujourd'hui, en coulisses, beaucoup admettent cela.

Mais pourquoi en avait on aprés toi et RFI ?

Je travaillais beaucoup avec les correspondants étrangers AFP, Reuters, BBC...et pourtant les pressions étaient sur mes épaules alors qu'on écrivait la même chose ! Comme la position de la France était peu appréciée, on a assimilé RFI à la position francaise, comme étant la voix de la France alors que ce n'était pas le cas.

Quelles ont été les conséquences pour toi ?

C'est allé assez loin . J'ai reçu beaucoup de pressions et j'ai donc du quitter temporairement Madagascar pendant 2 mois. Je ne suis pas malgache et peut être il y avait t il des choses que j'ai mal interprété mais c'était aussi un gage de neutralité car je n'avais aucune affiliation avec les parties en présence, politiques ou même ethniques. Mais j'assume tout ce que j'ai écrit à cette époque car je n'ai pas fait de désinformation comme on a voulu le faire croire.

Quel a été l'épilogue de cet épisode de ta vie professionnelle ?

Déjà, si je suis revenu, alors que j'aurai pu rester en France, c'est pour montrer que j'assumais ce qui avait été dit sur RFI. Maintenant les relations sont aujourd'hui normalisées avec les dignitaires. J'ai mis les pressions de l'époque sur le compte des tensions extrêmes qu'il y avait. Malheureusement, l'image de RFI en a pris un coup à Madagascar et c'est à moi de montrer que RFI est une radio intègre, surtout lorsque l'on parle de Madagascar.

Fréquentes tu les journalistes malgaches ?

Oui bien sûr !

Comment vois tu les journalistes malgaches, toi qui a travaillé dans des rédactions internationales ?

je trouve qu'il y a de la qualité chez de nombreux journalistes, que ce soit en presse mais aussi à la télé. Mais ce qui manque aux journalistes malgaches ce sont des formations et des moyens financiers . Il existe des filières de formations à l'université mais par manque de moyens au sein de cette filière, elle n'est pas aussi qualifiante qu'elle devrait l'être. Sur la qualité, même si celle ci s'amèliore constamment, si les moyens mis a la disposition du journaliste manquent, il ne faut pas en attendre des miracles. Ainsi parfois, il y a confusion entre "informations" et "commentaires".

Le felaka ( ndlr "corruption" de journalistes) y as tu déjà été confronté ?

Personnellement, oui on m'a déja proposé une compensation en contre partie de chroniques mais je n'ai jamais accepté. Le felaka existe dans le journalisme mais je ne porte aucun jugement la dessus. Avec le manque de moyens et les salaires peu élevés, c'est dur pour un journaliste de travailler correctement. Cette situation financière entretient le felaka. En Europe, cela existe aussi d'ailleurs mais de manière plus subtile.Ce n'est pas exclusif à Madagascar et je ne jette pas l'opprobe sur la profession.

Question embêtante ? Quel est le meilleur quotidien pour toi ?

(rires ). Non, je peux pas répondre à cette question ! J'achète tous les quotidiens malgaches et je les lis tous.

La liberté de la presse malgache est elle réelle ?

Oui je pense. Le paysage journalistique s'enrichit de toute la variété de sources d'information qui existe.

Comment choisis tu tes sujets pour RFI ?

En devenant correspondant pour RFI, je réalise vraiment ce qu'est le métier de journaliste. J'ai une totale indépendance par rapport à un journaliste de rédaction et j'ai la chance de pouvoir rencontrer aussi bien Ravalomanana qu'un habitant de la campagne. Bien entendu, pour les sujets, je suis chargé de couvrir l'actualité malgache mais je peux couvrir des sujets culturels, sociaux ou sportifs.

Ton meilleur souvenir de journaliste à Madagascar ?

J'apprécie toujours de partir à la rencontre du monde rural car c'est la réalité de 80% de malgaches. C'est là qu'on prend le pouls du pays en dehors du microcosme de Tana. Ainsi, un de mes bons souvenirs est ma visite dans un village du moyen ouest au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Mon sujet était la perception d'un évènement mondial au coeur de la campagne malgache. A la question " Qu'est- ce que c'est pour vous le 11 septembre" une seule personne avait entendu vaguement à la radio qu'il s'était passé quelque chose avec des avions quelque part ! Le problème de ces gens n'étaient pas le 11 septembre et ses conséquences mais le vol de zébus et les dahalo qui passaient a 20km de là. Cela montrait que sur terre, il y avait d'autres préoccupations pour des millions des gens, au dela de cet évènement mondial qui monopolisait les médias.

Tu comptes rester longtemps à Madagascar ?

Tant que j'ai de l'intérêt pour Madagascar, je reste. J'ai encore beaucoup de sujets à faire sur ce pays. Par ailleurs, j'essaie de rattacher mes sujets à l'actulalité mondiale en parlant par exemple de la filière textile locale face à la mondialisation ou des télécommunications.

Quel regard portes tu sur les premières années d'activité du nouveau pouvoir ?

Il y a un énorme espoir qui est né et qui existe toujours malgré les difficultés économiques. Le développement durable et rapide n'estpas aussi rapide qu'attendu mais les choses changent, les mentalités changent. Cela va dans le bon sens.

Olivier, merci pour ces réponses !

propos receuillis par Sobika - Nov 2004
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