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05 MARS : Interview de Marie Clémence Paes, productrice du film Mahaleo et directrice de Laterit Production.

"Face aux grosses productions américaines et si on veut que le film ait une chance de rester plus d'une semaine en salles, il est important d'aller le voir dés le 1er jour. Car c'est aprés les chiffres de la 1ère séance que le cinéma décide ou non de prolonger la semaine suivante ! On compte sur tous les malgaches pour aller voir le film dès sa sortie"

Bonjour Marie Clémence et merci de nous accorder une entrevue en cette pleine période de promo du film. Peux tu te présenter à nos internautes et nous dresser un peu ton parcours jusqu'à Laterit Production ?

Tout d'abord, merci à Sobika.com pour cette entrevue et "Bonjour à tous les internautes du site" ! Je suis, Marie Clémence Paes, la productrice du film Mahaleo qui sortira au cinéma le 16 mars prochain. Je tiens à préciser que je suis malgache comme beaucoup ne le croit pas, mon nom de jeune fille 'est Andriamonta et je suis née à Tana. J'ai vécue principalement à Fianarantsoa jusqu'à l'âge de 13 ans.( Marie Clémence parle couramment le malagasy ) Puis j'ai beaucoup voyagé avec mes parents, de la Belgique à la Hollande, de la Yougoslavie à la France en passant par le Brésil où j'ai rencontré César (Paes) mon mari. Mes études je les ai faites à Nanterre en Sociologie et à l'issue de ma Maîtrise j'ai tenté le Celsa avec une copine sans vraiment trop y croire et au final mon dossier a été retenu mais malheureusement pas celui de mon amie ! Alors après une spécialisation en Marketing et publicité j'ai fait de nombreux stages dans la production de spot dont le plus décisif chez Olgivy, une grosses agences de pub américaine. En effet cette période a été décisive car je devais choisir de faire carrière dans une agence de renommée ou tenter l'aventure "cinéma" avec César, et faire ce que nous avions envie depuis longtemps c'est à dire de voir et montrer des images de nos pays respectifs comme nous on les voyaient, ce qu'on n'arrivaient pas à retrouver dans les documentaires qu'on avaient pu voir jusqu'alors. C'est la décision de faire des films qui l'a emporté et c'est ainsi en 1988 qu'est née Laterit Production . J'ai préféré monter ma propre structure de production plutôt que d'épuiser mon énergie à convaincre les maisons de production. Tout à démarrer avec le tournage d'Angano Angano (contes) qui s'est réalisé sans un sous et qui nous a quand même valu un prix et une distribution auprès de plus de 20 chaînes dans le monde.

Vos films ont toujours cette particularité de mettre en scène l'oralité, c'est le cas dans "Mahaleo" où chaque images est portées par les textes ou l'inverse parfois, peux tu nous expliquer comment s'est fait ce travail sur l'oralité notamment dans la traduction des textes des chansons de Mahaleo ?

Cela a été un énorme boulot, on a pris plus d'un an à transcrire et à traduire les textes, c'est un travail de titan qui se fait au moment du montage c'est à dire pour nous vers fin 2002. La traduction s'est fait en plusieurs étapes : il y a eu d'abord un travail d'écoute orale, où chacun de nous avec Raymond et César avions une "interprétation" différente les uns des autres, d'autant que pour César qui ne parle pas malgache il a fallu faire une traduction préalable. On se rend compte à cette étape que la langue et surtout le malgache est une langue très tentaculaire et que la compréhension qu'en a chacun de nous dépend de notre bagage socio-culturelle. Ensuite il y a eu le travail de transcription et traduction en français avec Aina Randrianaivosoa et Onytsoa. Puis Yves Nilly qui est également écrivain, a travaillé sur la syntaxe pour remettre les textes en français correct, et Gill Gladstone a travaillé sur la traduction en anglais. La première ébauche de la traduction en anglais se fait du français vers l'anglais puis on réécoute encore en malgache pour affiner la traduction anglaise car très souvent la traduction malgache "match" mieux avec l'anglais. Au total c'est une équipe de 6 personnes qui a travaillé sur la traduction.Et il faut noter que pour des questions de durée limitée la traduction pour le film n'est pas la même que celle du CD où la transposition est plus étaillée. Il y a donc comme un double travail à faire d'autant qu'on a veillé à traduire les chansons en rime. Et puis surtout il a fallu rechercher les textes des chansons dans le repertoire des Mahaleo pour lesquels il y avait rarement un support écrit.J'avoue qu'en travaillant sur ce film j'ai fait beaucoup de progrès en malgache , même si je parle déjà la langue et que j'ai déjà eu l'expérience sur le film Angano Angano car je me suis énormément investis sur la traduction pour "Mahaleo". J'en suis heureuse car plus jeune j'ai un peu souffert d'être métisse à Madagascar et pourtant je parlais la langue mais on est jamais facilement considérée et on rencontre le problème inverse quand on arrive en France. Ce n'est qu'une fois arrivée au Brésil que je n'ai plus eu ce problème d'identité ou d'acceptation. Là bas le métissage n'est pas un handicap mais une richesse !

Pour en revenir à ton rôle, en tant que productrice du film peux tu nous dire en quoi consiste ton travail ?

Mon rôle en tant que productrice c'est trouver le financement pour pouvoir réaliser le film, trouver et organiser les moyens techniques et logistique autour du projet et convaincre les distributeurs d'accepter le film ! Quand on est une petite entité comme chez nous à Laterit (on est 3), on fait tout de A à Z c'est à dire du concept à la réalisation du DVD ! Je passe 80% de mon temps à monter des dossiers, faire de la paperasses et les 20% de plaisir se font sur les tournages. J'aimerais bien que ce soit le contraire parfois !

Comment s'est passé la production pour le film Mahaleo ?

Tout d'abord, il y a eu un travail d'écriture : on met à plat l'idée du film, le contenu, on decrit les personnages, les lieux...etc puis il a fallu monter un dossier, en fait plusieurs même pour les déposer auprès des commissions de soutien du cinéma. Après j'ai dû démarché les télés, pour "Mahaleo" ça n'a pas du tout fonctionné, car pour les chaines à cases sociales , le projet était beaucoup trop musical, pour les chaines musique , le sujet était trop social ! En 2002 on a finalement obtenu le soutien de la commission des Avances sur Recettes du Cinéma, présidé à l'époque par Frédéric Mitterand qui a retenu notre projet. Là on a pu partir en repérage à Madagascar, en parallèle Canal + s'est intéressé au projet car le film était officiellement devenu un film dit de cinéma, et on a établi un partenariat financier avec eux. Il faut savoir que quand on entre dans la catégorie film cinéma et qu'on établi un partenariat financier avec une chaine, il y a une certaine chronologie à respecter pour la sortie du film c'est à dire : 1/ le film doit sortir au cinéma 2/ la sortie DVD six moix plus tard 3/ 1 an après une diffusion sur Canal + 4/ et 1 an après Canal la diffusion se fera sur Arte, également partenaire du film.

Et comment ça se passe pour la distribution à l'étranger notamment à Madagascar ?

Pour la vente à l'internationale c'est à nous de travailler et de présenter le film dans les festivals. Il faut également bien peser l'interêt de sortir au cinéma plutôt qu'à la télé. Au mois de mai le film sera présenté en Angleterre au Festival de World Music et sera distribué.Là je reviens du Burkina Faso où j'ai assisté au Festpaco (Festival du film Africain).Le film y a été présenté hors concours, car c'est un film "métisse" du fait de la double nationalité des réalisateurs. Pourtant il aurait eu de grandes chances de remporter un prix ! Et il y aura également le Festival du Film du Réel. Pour ce qui est de Madagascar, nous souhaitons vraiment que le film sorte là bas, d'ailleurs au départ nous voulions que la sortie se fasse d'abord à Madagascar mais pour des raisons pratiques et techniques ça n'a pas pu se faire. Il faut d'abord réhabiliter les salles de cinéma car nous diffusons en 35 mm et l'équipement pour l'instant n'est pas adéquate. Bien évidemment il y aura une avant première et une diffusion au CCAC mais nous souhaitons viser plus large, programmer au REX et dans les provinces. Pour l'instant les problèmes techniques ne le permettent pas mais la volonté est vraiment là et on espère y arriver !! Là je travaille également sur la distribution en Suisse, Belgique et aux Etats Unis (New York, Chicago...). Alors j'ai encore beaucoup de travail !!

Et pour la France ?

Pour la France, il y a 15 copies de prévues ce qui est beaucoup pour un film de ce genre : tout en malgache, où les acteurs sont totalement inconnus du public français, c'est ce qu'on appelle dans le milieu du cinéma : un "petit" film ! Il faut savoir qu'en France on compte plus de 5000 écrans ciné, qu' il y a une quinzaine de films qui sortiront le même jour que nous le 16 mars prochain et que les grosses productions occuperont plus d'1/5ème des écrans. L'équation est vraiment difficile et au final il restera que 1000 écrans pour 50 films ! Alors en fonction des premiers chiffres du mercredi soir on saura déjà si le film fera une longue ou courte carrière et même dès le dimanche soir on saura s'il fera une deuxième semaine ou pas. C'est très stressant et frustrant ! Donc vous comprendrez qu' il est vraiment important d' aller voir le film dès la 1ère semaine de sortie voire même à la 1ère séance! Pour le film "Mahaleo", le bouche à oreille sera très important, on compte là dessus et surtout sur tous les malgaches pour aller voir le film dès sa sortie !! En plus si le film marche bien sur Paris, il pourrait y avoir plus de copies surtout en province, car les exploitants frileux seront rassurés pour programmer le film dans leurs salles , en tout cas je l'espère !

A partir de combien d'entrées seras-tu satisfaites ?

D'un point de vue financier, je dirais à partir de 15 à 20 000 entrées, il faut qu'on puisse rembourser le CNC. Mais d'un point de vue personnel ce serait que tous les malgaches aillent au cinéma voir le film ainsi que tous les curieux de musiques, et les curieux de Madagascar car c'est vraiment un film ouvert à tous. Tout le monde peut en tirer une leçon de vie et avoir sa vision personnelle du film, c'est vraiment ça qu'on veut partager avec le public et ce serait vraiment la plus grande satisfaction !

Et comment se passe le "buzz" dans la presse ?

Pour l'instant il n'y a pas eu d'hostilité envers le film, c'est déjà bien ! On eu un bon papier dans Ciné Live (numéro du mois de Mars) ainsi que Première et Studio, et de même que dans Africaculture où d'habitude la critique est vraiment sévère. L'impression générale c'est que les gens aiment vraiment le film et veulent partager ça avec les autres.

Avec César Paes vous travailler en couple sur vos films est ce qu'il t'arrive de produire les films des "autres" ?

Oui bien sûr ! J'ai travaillé sur la production d'un film Sénégalais intitulé " Le Sifflet", sur la production de programmes court pour la télé, sur une campagne d'information sur le sida en Martinique..etc, donc oui je travaille également avec d'autres réalisateurs, la boite de production c'est un outil et non pas une fin en soi. Ce qui nous fait le plus plaisir c'est de partager un regard sur un pays, une réalité, cette passion c'est vraiment notre moteur !

Quels est ton univers cinématographique ?


Pour ce qui est du documentaire j'ai beaucoup d'admiration pour Fréderic Weizmann, qui réalise des films extrêmes qui s'attaquent aux institutions et qui touche à la vie des gens. Et j'aime aussi les Frères Maysles ainsi que Michael Moore, je trouve ça pas mal ! Le dernière film que j'ai vu au cinéma c'était "Chateau Ambulant" de Miyazaki. En réalité j'ai beaucoup de mal à trouver du temps pour aller au cinéma, je le regrette. Mon coup de coeur cinéma c'est "Happy Together" de Wong Kar Wai.

Après le film Mahaleo, quels sont tes projets ?


Là j'ai un projet de co-production sur une série de documentaires sur les pays africains qui parlent portugais comme le Cap Vert ou l'Angola. Nous sommes toujours interessés par les projets qui portent un regard sur les pays du Sud, d'où le nom de notre société : Laterit. Mais j'ai aussi besoin d'un peu de repos. Les projets arrivent un peu comme ça , on ne fait pas d'obsession du genre "bon sur quoi je vais travailler maintenant, ...il faut que je trouver quelquechose". On ne fonctionne pas comme ça , c'est l'idée qui germe en nous. Pour Mahaleo c'est arrivé comme ça et puis on a "respiré" Mahaleo pendant 4 ans, et ça n'est pas fini !!

Et sinon où seras tu le 16 mars prochain ?

La tradition veut que réalisateur, producteur et distributeur se retrouve dans la même salle de cinéma pour la 1ère séance..Ce sera mon cas et en fonction des chiffres on ouvrira ou pas le champagne ! (rires). En tout cas j'espère que vous vous y serez au cinéma pour soutenir le film !

Pas de soucis Marie-Clémence nous serons là au rendez vous dans les cinémas le 16 mars prochain, et j'espère que nos lecteurs également !

Merci à Marie Clémence Paes pour cette entrevue pleine de sourires et de passions !

Entretien réalisé le 5 Mars 2005

Film Mahaleo : sortie en salles le 16 Mars . toutes les infos sur www.mahaleo.htm

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