M.
Gaston Ramenason est président du Conseil d'Administration de la BMOI (
fililale BNP Paribas ) et président du Groupement des Entreprises de Madagascar
(GEM). Interview sur le passage du Fmg à l'ariary et sur la situation économique
malgache. 
"
Je suis pour un salaire minimum à 500 000 Fmg" Bonjour
M. Ramenason et merci de nous recevoir pour évoquer d'abord le retour à
l'ariary. Etes-vous déjà habitué aux nouveaux billets qui
sont en circulation ? Vous
savez, l'ariary c'est la monnaie que j'utilisais quand j'étais petit. Je
n'ai pas de problème pour réfléchir en ariary, comme la plupart
des gens de ma génération et comme ceux qui vivent à la campagne
où on n'est jamais passé au franc malgache. Ce sera plus difficile
pour les jeunes citadins. Comment
s'est passé le passage à l'ariary dans votre banque ? On
n'a eu aucun problème, que ce soit pour les chéquiers, les terminaux
électroniques, etc. C'est une pleine réussite, d'autant que ce passage
a été un peu particulier à la BMOI. Car j'en ai profité
pour tout rénover. C'est une grande opération qui a coûté
quelques milliards, mais ça nous a permis de faire un nouveau pas technologique.
Et je suis très content, car cette opération a été
facteur de progrès. Mes employés ont dû se former à
de nouvelles technologies, à un nouveau système informatique. Le
passage à l'ariary a été une très bonne occasion.
Et ils étaient plutôt enthousiastes de le faire. En
2004 le franc malgache a beaucoup perdu de sa valeur par rapport à l'euro.
Est-ce que l'ariary sera une monnaie plus forte ? Pour
qu'une monnaie soit forte, ou simplement stable, le plus important ce sont les
exportations. Une monnaie devient fragile quand les importations sont supérieures
aux exportations. Or justement, depuis dix ou quinze ans, notre balance commerciale
est négative. Avant même la crise de 2002, les exportations avaient
déjà commencé à chuter. Est-ce
que la détaxation mis en place par le nouveau pouvoir après la crise
n'a pas aggravé ce déficit de la balance commerciale, en favorisant
les importations ? Oui,
la détaxation les a peut-être fait augmenter un peu. Mais les graphiques
sont clairs : les importations avaient déjà bien repris avant même
que le président ne prenne cette mesure de détaxation. Car dès
juillet 2002 nous nous sommes occupés à faire redémarrer
nos entreprises, donc nos importations. En revanche les exportations n'ont jamais
cessé de stagner à un niveau très faible depuis quinze ans.
Et c'est là la clé de nos problèmes. Et
justement est-il possible aujourd'hui de développer nos exportations ? Oui,
la solution est à notre portée, grâce au dynamisme de nos
entreprises. Mais il nous faut aussi une politique incitative pour l'investissement.
Aujourd'hui elle n'est pas suffisante. Il y a même des mesures contre-incitatives
! Par
exemple ? Les
exportations sont frappées par exemple par la TVA. C'est une mesure imposée
par le FMI il y a dix ans, qui a un impact très négatif et dont
malheureusement on n'est pas encore sorti. A
propos du FMI et des mesures qu'il impose à Madagascar, quel est votre
regard sur les différentes instances internationales ? Ce
que je reproche à la Banque Mondiale et surtout au FMI c'est de s'opposer
systématiquement aux mesures incitatives à l'investissement et au
développement des exportations. Hélas c'est leur politique traditionnelle
dans des pays comme le nôtre. Pourquoi
imposent-ils une telle politique ? Le
FMI et la Banque Mondiale croient que les pays les moins avancés (PMA),
comme Madagascar, n'ont pas l'ambition d'être au niveau international, notamment
pour le commerce. Ils vouent les PMA à la mendicité, aux aides financières.
Nous, nous luttons depuis longtemps pour dire que nos entreprises sont faites
pour être au niveau international et que nous avons vocation à participer
au commerce mondial. Nous sommes en lutte permanente pour sortir du carcan du
FMI. Les
entreprises malgaches sont-elles réellement prêtes à affronter
le marché mondial ? Oui
bien sûr. Prenez l'exemple du textile : au départ c'était
un secteur voué exclusivement au marché intérieur. Mais avec
le développement d'un commerce frauduleux, le textile malgache a été
obligé de s'adapter et d'exporter. Et il s'est très bien intégré
dans le commerce mondial. Mais
avant de penser à exporter, les entreprises malgaches ne sont-elles pas
d'abord freinées par un marché local très faible ? C'est
vrai, aujourd'hui le marché intérieur c'est de 250 000 à
500 000 consommateurs. C'est très insuffisant. Car le pouvoir d'achat des
Malgaches est beaucoup trop faible. Il doit être développé,
surtout à la campagne, où vivent 80% de la population. Je pense
que la priorité doit être donnée au monde rural. Il faut par
exemple développer la riziculture en augmentant le prix du riz. Il faut
aussi augmenter les salaires. Moi je suis pour un SMIC à 500 000 francs.
Aujourd'hui il est moitié moindre, on ne peut pas vivre avec ça.
De plus les bas salaires entraînent une mauvaise productivité, qui
entraîne elle-même de bas salaires, etc. On tourne en rond ! Pour
conclure, comment voyez-vous l'année 2005 ? Moi
je suis positif de tempérament. Ca fait 40 ans que je travaille à
Madagascar et si j'avais été négatif, je serais mort de faim.
Pour cette année il y a quand même quelques problèmes à
résoudre, notamment le fonctionnement des douanes qui doit être plus
compétitif. Il faut aussi revoir la réglementation des changes,
qui s'est beaucoup durcie à cause du FMI. C'est vrai que les problèmes
sont nombreux, il y a beaucoup de gens qui se plaignent. Mais dans l'ensemble
ça ne va pas si mal ! Merci
Mr Ramenason pour cet entretien Entretien réalisé par
Stéphanie P.
|