"je suis maintenant directeur régional de Fanamby pour le couloir forestier Anjozorobe-Angavo"
Bonjour Arison. Je pensais faire une interview sur la protection de l’environnement avec Vonjisoa, de l’ONG Fanamby, et je réalise en te voyant que j’ai aussi face à moi Arison Vonjy, le fameux chanteur jazzman ! C’est une sacrée surprise… Est-ce que ce sont deux personnes différentes ?
Bonjour Léo et bonjour à tous vos lecteurs. Pour répondre à ta question...non, je ne pense pas être deux pesonnes différentes. Cela apporte quelque chose dans mon travail d’être dans le monde artistique. Mais quand je suis avec les musicos, je ne me comporte pas comme avec les chef de fokontany ! En même temps, c’est vrai quand j’anime des réunions, c’est vrai que je me sens un peu comme sur une scène…
Commençons donc par parler du chanteur. On attend le deuxième album, dis-nous un peu où tu en es…
J’ai déjà mis six ans pour sortir le premier album ! Je chante depuis 1987, mon nom d’artiste est apparu à ce moment-là. J’ai terminé deuxième d’un concours de chant à Tana puis j’ai été parmi les quinze finalistes africains du concours « Découverte », organisé par RFI. J’ai commencé à penser à mon album quand j’étais dans le Bemara, où je m’occupais des tsingy. Je composais seul avec ma guitare, puis je voyais mon arrangeur à Tana. Il s’est bâti doucement, entre 1996 et 2004 et a finalement été réalisé avec les meilleurs musiciens de Mada : Toty à la basse, Silo au clavier et Nini à la batterie. Il s’est vendu à plus de 500 exemplaires sur le marché officiel.
Aujourd’hui, on n’a rarement l’occasion de t’entendre en concert…
Je fais deux concerts par an en moyenne effectivement. Il faut du temps, et j’aime faire les choses bien. J’ai quand même fait un concert avec Fanja Andriamanantena, pour qui j’ai aussi enregistré deux chansons.
Mais si tu avais l’opportunité, tu serais prêt à tout lâcher pour la musique ?
Ca dépend de l’envergure. Mon boulot me passionne à fond, je reviendrai toujours à l’environnement. Mais si on me propose une tournée de un an, bien sûr que j’y vais ! A Madagascar, le contexte est dur, il n’y a pas beaucoup de musiciens qui gagnent leur vie. Le plus souvent, l’album est avant tout un produit d’appel pour faire des concerts.
Ton style musical se prête mal à la propagande, mais est-ce que tu serais prêt à jouer pour des hommes politiques en campagne ?
Non. Non. Non. Je fais de la musique par rapport à ce que je ressens et ce que je veux partager. Quand tu veux faire un cadeau à quelqu’un sans connaître la personne, tu choisis quelque chose que tu aimes. Pour ma musique, c’est pareil, j’espère que ça va plaire, mais je fais ce que j’ai au fond de moi.
Mais qu’est-ce que tu penses des artistes qui se vendent ainsi ?
La propagande, c’est un bon business pour ceux qui veulent vivre de la musique, alors je ne leur repproche pas, bien au contraire. Quand ils font ça, ils ne pensent pas à apporter un soutien, c’est juste de savoir qui paye le plus. Moi, j’attends que Ravalo me contacte ! (ironique)
Mais y’a-t-il un public pour le jazz à Madagascar ?
Bien sûr, même si ce ne sera jamais aussi populaire que d’autres types de mélodies. A Madagascar, on oublie malheureusement trop souvent le son, le public n’est pas éduqué à la musique. Mes chansons s’adressent à tout le monde, elles parlent d’amour, on n’y échappe pas, mais aussi de la solitude, en fait de la vie en général. Mais je n’aime pas évoquer les sujets au premier degré. Il faut pouvoir apprendre des choses à chaque écoute.
On va en venir à la protection l’environnement. Pour faire la transition, est-ce que tu as dans ton répertoire une chanson qui aborde ce sujet ?
Non. Comme on dit, « les cordonniers sont les plus mal chaussés ». Mais j’en ferai une un jour, j’ai des bribes mais je n’arrive pas au bout. Malgré tout, le public connaît cet aspect de mon activité et de mon engagement. Je glisse au moins un petit mot dans chacun de mes interviews, même si on ne me le demande pas.
Tu es très engagé, constamment sur le terrain. Comment es-tu arrivé dans ce milieu ? Est-ce que tu peux nous expliquer ce que tu fais exactement aujourd’hui?
J’ai poursuivi mes études en sciences naturelles, j’ai toujours aimé ça. Quand il a fallu choisir une branche après ma maîtrise, j’ai fait de l’écologie et je travaille donc dans l’environnement depuis 1992. Aujourd’hui, je me sens bien mon métier. Après douze ans dans le Bemara, je suis maintenant directeur régional de Fanamby pour le couloir forestier Anjozorobe-Angavo. On a mis en place l’Aire protégée en pensant à l’efficacité de gestion. Il y a eu une approche participative des populations locales, car le but n’est pas seulement de protéger les indris et le propithèques. Il y a un service écologique lourd, au centre du développement durable. S’il n’y a plus de forêt, il n’y aura plus d’eau pour boire et pour irriguer les rizières. Toute notre action va donc vers les communautés. On travaille vraiment avec elles, ce n’est pas du pipot de séminaire. Par exemple, l’aire touristique d’Antsahabe qu’on vient d’ouvrir, on l’a réfléchi avec les paysans.
Mais comment convaincre une population qu’il faut arrêter la déforestation ?
Il faut qu’elle trouve un intérêt. Leur premier souci, c’est qu’ils ont des rizières et des sentiers, et qu’ils veulent les conserver. On a dit : « OK, vous les gardez, mais en respectant les nouvelles règles. » Le plan d’aménagement est en cours d’élaboration grâce à des images satellitaires. Notre idée, c’est de trouver la balance entre les besoins des gens et la nécessité de préservation. On fait une évaluation des stocks pour voir où on peut couper. Depuis le début de l’année, on constate au moins qu’il n’y a plus de feu. Le chemin sera long, mais on peut aboutir. Je suis un gars positif de nature, et si je n’y croyais pas, je ne travaillerai pas dans ce secteur.
Merci Arison et bonne continuation Propos recueillis par Léo R- (c) Sobika.com .
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