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30 Novembre 2006 : Interview de Roland Ratsiraka

Le neveu de Didier Ratsiraka ne faisait pas forcément partie des favoris au début de la propagande. Mais une campagne dynamique, comportant des allusions de plus en plus fréquentes à l'héritage libéral de l'Amiral, en ont fait un outsider sérieux. En tout cas, il n'hésite pas à clamer qu'il sera au deuxième tour. Tour d'horizon de son programme et de sa stratégie, entre deux meetings. Note de la Rédaction: Interview réalisée dans un but informatif, sans parti pris et sans contre partie financière. Les organes de communication des principaux candidats ont fait l'objet d'une demande d'interview de notre part. Nous tenons à le préciser.

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Bonjour Mr Roland Ratsiraka. Merci de nous accorder cette interview. Vous faites parti de ceux qui ne contestent pas la date du 3 décembre. Pour vous qui ne trouviez pas cette date légale comment cela se fait il  ?

Puisque vous y participez, c'est que vous l'acceptez… Pour moi, tout le monde le sait, la date n'est pas constitutionnelle. Mais depuis 2002, le gouvernement, le chef de l'Etat, l'Assemblée nationale et même la HCC ont plusieurs fois violé la constitution. Donc ce n'est qu'une violation de plus… Mais si les bailleurs de fonds admettent cette date et si le gouvernement nous l'impose, et bien moi j'accepte de participer. Je suis donc bel et bien candidat. Sinon, on n'avancera pas du tout.

Beaucoup de candidats, beaucoup de critiques du pouvoir mais pas grand chose sur les Programmes. Quel est le votre ? 

Je vais mettre en place une politique de création d'emplois, comme il n'y en a jamais eu à Madagascar. On va par exemple permettre aux chefs d'entreprises de baisser leur impôt sur le bénéfice (IBF) en fonction de la valeur de l'emploi qu'il donne. S'ils créent un emploi à 300 000 fmg/mois, on va baisser son IBF de 300 fmg/mois.

Pourquoi ?

Tout simplement parce qu'il faut permettre aux salariés d'avoir un pouvoir d'achat, booster la consommation. La lutte contre la pauvreté ne restera qu'un beau discours si l'on ne crée pas d'emploi. Je pense que dès la première année, on peut créer 60 000 postes grâce à cela. Et cela pendant quelques années, avant qu'il y ait certainement une saturation. Ensuite, il y a le reboisement à Madagascar. C'est encore considéré comme une action de « divertissement », un hobby… Dès qu'on sera élu, on mettra en place l'Office nationale pour le reboisement, qui elle aussi créera de l'emploi, jusqu'à 200 000, parce qu'il s'agira de planter des arbres. Je travaille avec des agronomes qui vont sélectionner des arbres qui poussent en trois ans et qui pourront être utilisés pour le bois de chauffe, pour faire le charbon de bois, et aussi pour l'exportation. On ne va pas rester avec nos exportations traditionnelles de bois précieux. Au bout de 5 à 6 ans, on aura planté beaucoup d'arbres pour compenser la déforestation qu'on a effectué depuis 40 ans. Et il y a en troisième lieu l'Agence Nationale pour l'Emploi et la Formation. Il s'agit de faire le point sur le nombre de sans emploi à Madagascar, d'identifier leurs modes de vies… On a fait l'expérience à Tamatave, et on a pu créer environs 8 000 emplois dans la petite ville. Ce ne sont pas des emplois fixes, mais on a pu leur donner 3 ou4 fois du travail pendant l'année. ne sont pas des emplois fixes, mais on a pu tourner. On a crée une banque de données de 15 000 personnes, et on tourne. 200 un jour pour travailler, 200 autres le lendemain. Le plus important, c'est que les gens se sentent exister. S'ils ne travaillent, au moins on leur donne une formation pour pouvoir demander de l'emploi avec un peu plus de qualification. Là-dessus, je ne donne le nombre de personnes qu'on pourrait toucher. Il y a aussi la lutte contre le paludisme, parce qu'on en fera une priorité en terme santé publique. Aujourd'hui, le gouvernement fait du sida sa priorité. Mais, s'il ne s'agit pas d'arrêter celle-ci, la priorité des priorités, c'est la lutte contre le paludisme. Sur toute la côte est, nous pouvons créer de l'emploi en faisant des action de communication, de désinfection par fumigation par exemple. On évitera ainsi le chickungunya aussi. Aujourd'hui, des candidats peuvent dire « Je vais mettre la santé à zéro fmg », mais c'est de la démagogie. Ce qu'il faut faire, c'est limiter le nombre de malades. J'opte pour la prévention, à financer par l'Etat ou les bailleurs de fonds. Et avec ça, on peut créer pas moins de 30 000 emplois.

Mais justement, comment allez-vous financer tous ces projets très ambitieux ?

L'office de reboisement, c'est un financement des bailleurs de fonds, c'est facile. L'Agence pour l'Emploi, c'est un peu plus difficile, mais je compte faire gagner de l'argent à l'Etat avec un autre point important de notre programme : la redistribution des terres aux Malgaches. On va vendre Madagascar aux Malgaches. Un Malgache égale une terre. C'est une expérience que j'ai déjà effectué à Tamatave. Depuis longtemps, les gens se sont installés dans toute la ville. Le terrain n'est pas à leur nom alors qu'ils sont là depuis 15 ou 30 ans. C'est un problème. Soit on les dégageait pour vendre ça à des gens qui vont investir dans l'immobilier et on leur donne du cash comme indemnisation, soit on leur vendait ces terrains à un prix convenu ensemble. Après une année de débat, on a abouti à un accord, c'est de vendre à eux-mêmes ces lots de 200 m2 en moyenne, pour environs 5 millions de FMG. Ensuite, ils ont 3 ans pour payer, donc les plus pauvres peuvent y accéder. Ils peuvent même faire un prêt hypothécaire ou se cotiser en famille. Et on va faire comme ça au niveau national. C'est un programme très ambitieux mais réaliste. Au moins les gens auront un capital pour investir ensuite. Le seul souci technique, c'est la gestion de ces dossiers au niveau national. Mais normalement, on double, voire on triple le budget avec ça.

Votre nom est indissociable de celui de votre oncle, l'ancien Président Didier Ratsiraka. Comment jugez-vous son héritage  ?

Ca dépend des moment et surtout des endroits. Là où l'ancien président de la République avait beaucoup d'audience, je suis pas mal. Les gens me reconnaissent comme issue d'une lignée de leaders charismatiques et moraux. Lorsqu'on va dans des endroits où il avait moins de succès, où il était moins aimé, c'est un peu plus difficile. Mais aujourd'hui, même à Tana-ville, apparemment, vu mon premier meeting, nous ne sommes pas mal aimés. C'est sûr que ça fait peur à certaines personnes, parce qu'on a diabolisé l'ancien régime, mais ils reconnaissent les points positifs. On aura la réponse à tout ça le 3 décembre.

Mais vous jouez de cette parenté ?

J'essaie d'être moi-même. Parfois je suis moi-même sans que les gens pensent à autre chose. En tout cas, j'assume l'héritage de la dernière période de mon oncle. Au niveau libéral, il avait mis en place de bonnes réformes. Il vous encourage ou vous conseille ? Oui, forcément, on se connaît. Toute notre famille se voit en France donc on a des rapports. Certes sur le plan officiel, il reste sur le refus des élections. Ce sujet peut être un débat. Mais quelle solution avons-nous en dehors de ça ? Si c'était la crise, que tout le monde se désistait et qu'il restait seul (Marc Ravalomanana, ndlr), la HCC n'aurait pas peur de le valider. Donc maintenant, je reconnais que c'est la fin de son mandat, il faut passer aux urnes. Je reconnais qu'il a beaucoup de paramètres à son actif, mais que voulez-vous, c'est la réalité… La question qui se pose c'est : « si les autres candidats étaient à sa place, avec une telle puissance financières, n'auraient-ils pas eux aussi accepter les choses telles qu'elles se présentent ? » En général, les gens qui sont d'une bonne éducation, qui ont la moralité et une éthique politique convenable, ils ne se présentent pas aux élections.

Quel est votre objectif dans cette élection ? Etre Président ?

Moi c'est « Tout sauf Ravalomanana », et théoriquement, c'est la même chose pour tous les autres candidats d'opposition. Mais la politique a ses raisons que la raison ignore…

Que répondez-vous aux gens qui critiquent votre gestion de Tamatave, qui disent que vous n'êtes pas capable de gouverner le pays puisque vous avez échoué dans votre ville ?

Ca fait trois fois que je suis élu, je suis le seul à avoir été autant élu dans cette ville, c'est donc qu'il y a du positif. Mais il faut dire que depuis quatre ans, on nous a bloqué les vivres, toutes les subventions que l'on a obtenu, soit par la Banque Mondiale, l'Agence Française de Développement ou l'Union Européenne. Et on a été victime d'un certain nombre de sabotages, qui expliquent beaucoup. Cela explique en tout cas nos problèmes de gestions quotidienne. Pour donner un exemple, on a actuellement deux camions bennes, avec des bacs à ordures, bloqués à la douane. On les a reçu en don, et s'ils sont bloqués, ce n'est pas à cause de moi !

Comment jugez-vous l'attitude de la communauté internationale et des bailleurs de fonds au cours de cette campagne ?

Je pense que pour le respect de la démocratie et le déroulement des élections, ils ne rentrent pas assez dans le fond. On ne leur demande surtout pas de faire de l'ingérence, mais d'insister sur la base des choses. Les listes électorale notamment.

On parle beaucoup de transparence et d'election modèle pour l'Afrique. Votre avis la dessus ?

Ils ont envoyé un certain nombre de missions pour nous interviewer, mais c'est tout. J'ai parlé plusieurs fois aux ambassadeurs de l'Union Européenne, des Etats Unis, mais ça reste toujours dans le même état. Il faudrait descendre sur le terrain pour demander les listes électorales. S'ils en regardent 30 à 40 %, le gouvernement aura du mal à avoir une volonté de tricher.

Quel est votre stratégie pour la campagne ? J'essaye de toucher le maximum de districts. Ma stratégie, c'est d'aller partout. Je suis allé à Tana, puis dans le Sud, dans l'Est, dans le Nord, dans l'Ouest et sur les Hauts Plateaux.

Vous croyez fermement en un deuxième tour et en vos chances d'être le numéro 2 ?

Prenons la théorie. Lors de la dernière élection en 2001, l'ancien président avait environs 40%. ( Ndlr , chiffre contesté par l'équipe de Marc Ravalomanana. +50% selon eux, d'où la crise de 2002 ) Ce score peut rester en ma faveur, ou baisser à 35 %. Et Ravalomanana, c'est sûr qu'il va baisser. En 2001, il avait fait un tabac tout de suite, et on avait mal à la tête dès le départ. Ses 48 % vont forcément perdre un peu. Donc si tout se déroule convenablement, le 4 décembre, on devrait être là, parmi les deux premiers. Mais on nous empêche de faire une bonne campagne, on nous interdit de prendre un hélicoptère. Sinon, on pourrait même gagner au premier tour. Enfin, ce n'est qu'une hypothèse…

Merci Mr Roland Ratsiraka pour cette interview.

Note de la Rédaction: Interview réalisée dans un but informatif, sans parti pris et sans contre partie financière. Tous les autres candidats ont fait l'objet d'une demande d'interview de notre part. Nous tenons à le préciser.

Léo Ratsimbazafy - Sobika.com



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