"Mise à part à Tana, il n’y a pas forcément beaucoup de fan de la musique acoustique"
Bonjour de la part de toute l’équipe de Sobika ! Que peut-on te souhaiter pour 2007 ?
Je pense que pour tous, l’année 2007 sera plus belle encore…Moi il faut me souhaiter de rester actif, d’avoir du boulot, de terminer mes enregistrements…
Justement, quel est ton programme ? Ton concert au Centre Culturel Albert Camus, en décembre, a été un gros succès à Tana, mais j’imagine que le monde entier te demande…
Depuis septembre, je prends des contacts internationaux. Mais pour le moment, la priorité est la préparation de mon quatrième album solo, qui est en cours et qui devrait être fini au mois de mars. J’ai aussi des prises de son prévues au mois de février à Vancouver (Canada) avec quatre guitaristes américains, pour un album spécial intitulé IGN, pour International Guitar Night. Ensuite, il s’agira nécessairement de faire la promotion. Ce sera plutôt à l’étranger, mais effectivement, après le concert au CCAC, je pense souvent à jouer davantage ici (à Mada) car il y a beaucoup de gens qui n’ont pas pu me voir.
Toi qui a joué sur les cinq continents, est-ce que c’est partout la même chose ?
Pour moi, il y a une petite différence entre les publics. Ici, en général, les musiques qui passent dans les médias sont lourdes, avec batterie, clavier et les gens sont habitués à ça, ils aiment réagir en direct… Moi, depuis depuis, je joue toujours en solo, voire avec un autre musicien et, mise à part à Tana, il n’y a pas forcément beaucoup de fan de la musique acoustique, et qui savent véritablement l’apprécier. A l’étranger, les gens écoutent plus attentivement puis applaudissent à la fin des morceaux. Ensuite, il y a aussi l’ambiance particulière des grands festivals internationaux, très festive. En fait, il faut chaque fois s’adapter. Il y a des artistes qui préparent leur répertoire à l’avance, mais pour moi c’est impossible. J’ai besoin de voir la salle, l’ambiance, le type de spectateurs…
Peux-tu nous résumer ta carrière ?
Ca va être long, long, long… Tout ça c’est grâce aux anjanahary, à nos ancêtres. Au début, pendant la 1ère République, il n’y avait pas de problèmes sociaux, c’était la fête, surtout pour nous à Tuléar, où mon père travaillait. Partout il y avait la musique pop, le blues. Pour la fête de l’indépendance, il y avait des podiums pendant trois jours. Dans tous les quartiers, on croisait donc des guitaristes, qui bricolaient leurs instrument avec du fil de pêche, un peu contreplaqué… Mais on ne disposait pas d’école de musique, alors je demandais à ce qu’on me prête des instruments, qu’on me montre un peu. Il n’y avait pas de maître, tu regardais et tu écoutais.
"On ne trouve pas mes disques ici (Madagascar), seulement des pirates."
J’imagine que tu n’étais pas le seul à vouloir faire carrière Qu’est-ce qui a fait la différence alors ? La volonté ? Le talent ?…
Les deux je crois. C’est difficile à dire, tout le monde peut penser que c’est de la chance… A la fin des années 70, mon père est parti à la retraite. Je jouais déjà un peu et on est parti à Betioky. Mon père est décédé un mois et demi après, et c’est là la première fois que j’ai découvert la tradition bara, à l’occasion des funérailles. Il y avait beaucoup d’instruments différents, les gens qui pleuraient et les musiciens jouaient la même mélodie, c’était incroyable. Ensuite, je suis arrivé à Tananarive, où nous étions plusieurs mercenaires, à jouer un peu avec tout le monde. Un groupe du nord très connu est venu on m’a demandé de faire la guitare avec eux. Je n’avais toujours pas d’instrument, j’en empruntais à droite à gauche. Il m’est aussi arriver de passer plusieurs mois à Marovoay, à Maroantsetra, mais toujours en faisant de la musique. Un jour, j’étais en tournée dans le nord et j’ai reçu un message venant de deux américains. Quelqu’un leur avait parlé de moi, je ne sais pas qui. Après un 45 tour, j’ai ainsi sorti mon premier album en 1993, « D’Gary, Malagasy Guitar ». Et encore à cette époque, je ne possédais pas ma propre guitare ! Les temps ont changé : aujourd’hui, j’en ai sept.
En effet, tu as connu immédiatement le succès, notamment à l’étranger. Peux-tu nous faire la liste des pays où tu as joué ?
(Rires) Je vais en oublier ! Bon… Japon, Etats-Unis beaucoup beaucoup, partout, Canada. Et puis l’Afrique Australe, un peu d’Afrique de l’Ouest, Niger, Cameroun, Côte d’Ivoire. La Tasmanie (Australie) aussi, l’Asie, Singapour, et puis l’Europe bien sûr, la France et la Scandinavie notamment…
Au cours de toute ces années, au grès des expériences et des rencontres, j’imagine que ton style a pas mal changé…
Il a beaucoup évolué en effet. Il demeure traditionnel en général, mais je varie les techniques, je m’adapte. C’est du boulot… Par exemple, je dérègle mes guitares, chaque morceau nécessite son propre réglage, cela étonne souvent d’ailleurs, et tout ça c’est du travail. En fait, le plus important est de garder sa source, son fotony. Je respecte toujours les racines, il ne faut pas qu’elles disparaissent. Dans mes textes, je parle essentiellement des problèmes sociaux de chez nous, l’insécurité, la corruption, l’analphabétisme, le manque d’infrastructure.
Que penses-tu du milieu artistique malgache ? Trouves-tu normal qu’il y ait si peu de musiciens qui arrivent à vivre de leur art ?
Finalement, il y en a quand même quelques uns dans la capitale qui gagnent de l’argent. Le milieu artistique ne va pas si mal, même s’il reste de gros problèmes au niveau des droits. Mais ce qui passe ici actuellement j’aime bien, il y a de l’énergie. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de structures, les droits des artistes ne sont pas protégés. On ne trouve pas mes disques ici, seulement des pirates. J’ai déposé une lettre chez OMDA pour faire valoir mon travail. On trouve des cassettes de ma musique avec des arrangements, une boutique qui vendait mes albums ne m’a jamais rien versé…
Mais si il y quelques stars ici, rares sont ceux qui arrivent à s’exporter. Que manque-t-il à la musique malgache pour obtenir une vraie reconnaissance internationale ?
Avant tout, pour nous c’est « produit-perdu ». C’est toujours les gens venant de l’extérieur qui en profitent. Deuxième problème, la sensibilisation dans les médias. Il faudrait mieux balancer entre les différents styles. C’est rare d’entendre de la musque traditionnelle. Ensuite, il faut respecter son travail, être davantage professionnel. Il faut de la discipline, penser à toujours progresser, créer. Ici, les gens ne se fixent pas d’objectif, ils ne pensent qu’à l’argent gagné rapidement.
Je sais que tu n’accordes pas souvent d’interviews, alors merci beaucoup de toutes ces réponses. Pour finir, as-tu un message à passer aux lecteurs de Sobika ?
Je souhaite la pleine forme à tous les lecteurs de Sobika. Dans la vie, il ne faut pas oublier la musique. A gauche, tu as la famille, à droite le travail, la richesse. Mais la musique est au centre. Il ne faut pas oublier ses racines.
Recueilli par L. Ratsimbazafy
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