Erick Rabemananoro est le (futur ex) chef de département communication ( puisqu'il va rejoindre la Banque Mondiale ) chez Air Madagascar et l'un des artisans du renouveau de l'image de la compagnie. 4 ans passés au sein de la compagnie pour au final écrire 45 ans de l'histoire de Air Madagascar, c'est à dire 45 ans de l'histoire de l'avation malgache. Rencontre avec un journaliste ( il est sorti majour de l'école de journalisme en 2001 ) , un écrivain et un responsable de communication !
" Dérouler jour après jour l'écheveau de l'Histoire et découvrir peu à peu les morceaux du puzzle a été passionnant "
Bonjour Erick Rabemananoro. Comment vous est venue l'idée d'écrire un livre sur l'histoire de Air Madagascar ? Est ce une idée personnelle ou de la compagnie ?
En fait, ce livre est le fruit de la rencontre entre, d'une part mon envie personnelle en tant que journaliste d'écrire un livre qui soit publié, et d'autre part la constatation d'un vide : le fait que personne en 45 ans d'existence n'ait jamais songé à écrire l'histoire de Air Madagascar. Il revenait donc au Chef de département communication que j'étais également de combler cette lacune.
Lors de la présentation du livre le 12 février 2007 au Colbert. Au premier rang : le Président du Sénat, le Ministre des TP, le PCA et le DG d'Air Madagascar
Saviez vous qu'en écrivant une telle histoire, vous écririez celle de l'aviation malgache ?
« 45 ans de passion » est effectivement le premier ouvrage consacré exclusivement à Air Madagascar. Mais je dirai plutôt que c'est une humble contribution à l'écriture de l'aviation à Madagascar. En effet, il y a déjà eu quelques publications avant le livre « 45 ans de passion » : les livres de Jacques Lalut, celui de Jean-Pierre Pénette, sans oublier les superbes chroniques de Maurice Grimaud dans la Revue de Madagascar. J'apporte donc juste ma petite part de briques à l'édifice. J'espère qu'elle ajoutera de la valeur à l'ensemble de ce qui existe déjà.
Vous êtes sorti major de promotion de l'école de journalisme malgache en 2001. Comment avez vous structuré votre travail pour écrire ce livre ?
On a eu six mois pour faire ce livre. Comme tout travail de recherche, c'était d'abord un travail de fourmi avec la recherche de photos, de documents, de témoins d'époque, de chiffres. Il a fallu boucler le travail documentaire en trois mois, et consacrer les trois mois restants à la mise en page, aux corrections et aux traductions ( le livre est écrit en français, malgache et anglais, ndlr ). Faire cela en un semestre est un challenge qui n'aurait pu être relevé sans une équipe à la fois organisée et motivée par l'objectif. Il y a eu ceux qui se sont consacrés à la production du livre en tant qu'activité intellectuelle, avec des journalistes et des documentalistes. Puis il y a eu ceux qui se sont occupés des tâches administratives. Le plus important n'était donc pas d'avoir l'idée, mais d'avoir le leadership nécessaire pour la partager et mobiliser autour du projet les personnes nécessaires à sa réalisation.
Erick Rabemananoro remettant le livre 45 ans de passion au DG de Air Madagascar Ulrich Link
Qu'est ce qui a été le plus difficile à faire dans la rédaction d'un tel ouvrage ?
En fait tout a été difficile. Le temps que l'on s'était donné était trop court par rapport à la tâche. Malgré tous nos efforts, beaucoup d'archives n'ont pu être trouvées, que ce soit des photos ou des documents. De plus, ce livre se veut être le livre des 45 années de la Compagnie. Assurer un équilibre entre toutes les époques, entre toutes les équipes n'a pas été aisé car il a fallu veiller à ne pas froisser trop de susceptibilités au sein des générations qui se sont succédées, et qui toutes estiment avoir été celles qui ont fait le plus pour Air Madagascar. Enfin, c'était un véritable projet régional, avec un processus de production qui a impliqué une équipe pour l'écriture à Antananarivo, une équipe à la Réunion pour la mise en page, et un imprimeur à Maurice. Cela a donc nécessité un processus de coordination ad hoc entre les trois îles.
Vous avez été le premier malgache à avoir été invité à une séance de dédicaces lors du prestigieux Salon du Livre à Paris. Peut-on vous considérer maintenant comme un écrivain à part entière ?
C'était un grand honneur d'être présent au Salon du Livre, et je le dois à notre Michèle Rakotoson nationale. Mais ce n'est pas parce qu'on a publié un livre que l'on est un écrivain, même si c'est un bon début ! En fait cet ouvrage est le quatrième que j'ai rédigé, mais le premier à être publié. Dans mes tiroirs il y a une pièce de théâtre écrite à 18 ans, un recueil des poèmes que j'ai rédigé pendant 15 ans, puis un ouvrage documentaire sur les événements de 2002. J'avais même trouvé un éditeur pour ce livre, un Président d'Université avait accepté de le préfacer, mais au dernier moment, j'ai décidé d'en suspendre l'édition, car dans une crise politique encore assez récente, certaines vérités ne sont peut être pas encore bonnes à dire. On verra plus tard.
Qu'est ce qui a été pour vous le plus marquant ou enrichissant dans la rédaction de ce livre ?
En tant que journaliste, tout travail de recherche est enrichissant. Le processus de publication d'un livre permet également d'apprendre beaucoup, car c'est un processus complexe qui oblige à relever chaque jour des challenges. Dérouler jour après jour l'écheveau de l'Histoire et découvrir peu à peu les morceaux du puzzle a été passionnant. Et même les critiques fondées ou gratuites, justifiées ou non après la parution restent enrichissantes car elles permettent de mûrir et de grandir. Mais ma plus grande récompense, ce sont les étoiles dans les yeux de mes filles quand elles aperçoivent le livre sur un site internet, dans une librairie ou dans une grande surface.
Vous avez contribué au renouvellement de l'image de marque de la compagnie nationale. Quels souvenirs garderez-vous de ces 4 années passées chez Air Madagascar?
La mission qu'on m'avait confiée à mon recrutement en 2003 était très simple : redresser l'image de la Compagnie afin de lui rendre sa crédibilité et sa notoriété après la situation de quasi-faillite en 2002, et repositionner cette image publique comme étant performante, moderne et dynamique. Il vous appartient de juger si la mission a réussi ou non, et si l'image externe a changé depuis 2003. J'ai eu l'occasion de mettre en place des activités souvent novatrices dans le contexte d'Air Madagascar. Des 45 mois passés au sein de la Compagnie , je retiens surtout des joies extrêmes, la possibilité de réaliser des activités exceptionnelles, ainsi que deux ou trois amitiés fidèles et loyales. Je suis content d'avoir clôturé mon passage par la publication du livre « 45 ans de passion », car j'aime assez l'idée de laisser ma trace là où je passe. Après quatre ans comme journaliste à Madagascar-Tribune et huit ans à l'ONU, les quatre années à Air Madagascar ont été une parenthèse utile pour l'expérience, avant mon prochain retour dans le Système des Nations Unies avec ce poste à la Banque mondiale. Les succès, les challenges et même les quelques illusions perdues ont été riches en enseignement. Mais c'est cela qui forme l'être humain.
Merci pour ces réponses et bonne chance dans votre nouvelle carrière à la Banque Mondiale !
Propos recueillis par Sobika.com Madagascar
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