11/01/10 : LE 'VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT' de Céline au théatre avec 'La troupe des voyageurs'
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Pourquoi avoir choisi de présenter cette œuvre… ?
- Parce que cette œuvre considérable est d'une force et d'une ampleur unique (prix Renaudot 1932) et parce que plus de 75 ans après sa publication, son impact et son succès comme celui de son auteur ne se démentent toujours pas. En effet, l’œuvre de Céline fait toujours l’actualité littéraire, ainsi la bibliothèque de la Pléiade vient de faire paraître un nouveau volume « Lettres » consacré à ses correspondances.
 - Parce que c’est Céline, parce que c’est son style:
C’est en effet du fait de cette langue unique, composée d’improbables télescopages de mots, d’acrobaties grammaticales, de néologismes époustouflants et de l’émotion permanente qui en résulte, que la transposition du « Voyage au bout de la nuit » au théâtre, est apparue comme une évidence. Du roman au théâtre il n’y avait qu’un pas.
- Pour la perspective de faire autour de cette Å“uvre un beau voyage théâtral et interculturel.Â
Par goût pour l’écriture et pour relever une forme de défi de « créer » et de mener au bout une œuvre.
… à Madagascar ?
Pour faire redécouvrir, découvrir et s’approprier une œuvre intemporelle et pourtant mal connue dans un contexte tout à fait exceptionnel, pays francophone et francophile, par un public cosmopolite.
Est-ce librement qu’on adapte ainsi une œuvre si célèbre au théâtre ?
Cela dépend si l’œuvre est tombée ou non dans le domaine public.
En effet, la durée de protection des droits d’auteur s’étend sur toute la vie de l’auteur et pendant 70 ans au delà de la mort de ce dernier au profit de ses héritiers ou de ses ayants droits.
Céline étant mort en 1931, l’adaptation du « Voyage au bout de la nuit » n’était donc pas libre.
Par conséquent, nous avons fait une démarche auprès des Editions Gallimard et des ayants droits et avons obtenu après plusieurs mois d'échanges leur autorisation de présenter le spectacle en juin prochain au CCAC.
Il est probable que l’idée de faire « voyager le voyage » les a séduit, et que dans le même contexte parisien, les convaincre aurait été plus difficile.
Comment réduit-on ainsi un roman de 623 pages à 90 minutes de spectacle vivant ?
C’est le résultat de plusieurs mois de travail et de réflexion que nous avons menés à deux, mais aussi inévitablement de choix difficiles de certains passages ou  de personnages au sacrifice d’autres avec le risque, en retour, de se voir formuler des objections, des réticences très sérieuses, des accusations de déformation, de simplification, de réduction, de détournement du sens, de trahison par rapport à l’œuvre d’origine.
Nous nous sommes efforcés de rester fidèles au roman. Ainsi 99% des répliques sont originales. Le style de Céline s’y prêtait. Il n’y avait plus qu’à …
Pour l’anecdote, Michel Audiard à qui la femme de Céline avait refusé les droits pour l'adaptation du voyage reconnaissait à postériori  très sincère :
« Et heureusement que nous n'avons pas fait ce voyage là ! Nous ne pouvions que le saloper...Il est des œuvres qui ne supporteront jamais la patte d'un cinéaste, aussi grand et ingénieux soit’ il ! La littérature peut nourrir le cinéma, mais jamais l'inverse ! Et nous autres, cinéastes, nous nous devons de surveiller notre appétit, sous peine de regrets éternels ! »
Nous verrons bien quel accueil réservera le public à cette adaptation.
Pouvez-vous nous donner quelques détails en avant première sur le spectacle et ses partis pris artistiques ?
De même que la transposition du roman en pièce de théâtre nous paraissait évidente, la mise en scène et les partis pris artistiques sont venus spontanément. Ainsi d’entrée de jeu nous avons souhaité nous éloigner de toute idée de reconstitution historique pour une approche sobre et conceptuelle.
 Aussi nous avons opté pour un décor minimaliste qui se résumerait à une série de colonnes métalliques de tailles diverses qui seraient disposées de manière suggestive en fonction du lieu du drame. Décor ponctué par une projection de photos conceptuelles à  quelques moments choisis dans des formats très allongés "paravent" comme un écho dynamique aux colonnes statiques.
Une création sonore épurée grâce à la présence interactive de musiciens et d’instruments traditionnels malgaches au fil des scènes, pour suggérer les ambiances et les bruits et éviter ainsi un catalogue de bruitages communs. A la lecture du livre, il nous est en effet apparu évident que Céline accordait énormément d’importance aux évocations sonores plongeant ainsi le lecteur dans cette atmosphère à la fois burlesque et tragique dont il ne ressort pas indemne. Enfin pour la lumière, nous imaginons une création uniquement faite de noir et de blanc ponctuée d’éclats de couleurs ciblés sur des moments clés du récit. Cette ambiance globale n’étant pas sans rappeler l’esprit des films de Marcel Carné dans les années 1930. Cela fait écho à la lumière célinienne grise et froide que l’on retrouve tout au long du livre : « La vie c'est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit. »
Concrètement où en êtes-vous dans la préparation de ce spectacle ?
Avec le début de l’année la « troupe des Voyageurs » va commencer les répétitions pour le spectacle en lui-même. Jusqu’alors nous avons travaillé sur la représentation d’une lecture publique du texte qui aura lieu le 23 Janvier à 15 heures à l’Alliance Française d’Antananarivo et qui est destinée aux plus impatients des amateurs de théâtre mais aussi aux partenaires éventuels du projet. A cette occasion, en effet, sur scène, derrière d’imposantes colonnes de zinc, les comédiens, liront en exclusivité le scripte et dévoileront par la même quelques uns des secrets de ce moment de théâtre unique qui leur sera livré dans quelques mois.
Qui sont ces comédiens de la « Troupe des Voyageurs » ?
Les 17 comédiens qui composent la troupe -6 hommes, 9 femmes et 2 enfants- ont des parcours variés. Certains ont plus de vingt années d’expérience dans le théâtre, en France mais aussi à l’étranger comme Elisabeth Merly qui assure en plus du premier rôle de Madelon, la direction des acteurs, quand d’autres ont bénéficié des conseils de grands noms du théâtre et notamment de Blanche Ariel (professeur de Fanny Ardant). Amateurs, ils n’en sont tous pas moins expérimentés et remarquables.
Et au bout de la nuit ?
D’autres projets bien sûr ! Et en premier lieu une éventuelle tournée dans les principales villes de Madagascar ou pourquoi pas au-delà de l’ile. Le voyage ne fait que commencer…
Par la suite d’autres adaptations très sûrement aussi.
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